Je suis le meurtrier de mon père, de ma mère, d’un
inspecteur de police et d’un enfant. Je suis un tueur.
Roberto Zucco est la dernière pièce de Bernard-Marie
Koltès, mort du sida en 1989. Inspirée d’un fait divers réel, la pièce retrace
l’errance du tueur en série italien Roberto Succo, quelques jours entre le
moment où il s’échappe une première fois de prison, à sa mort.
Cette pièce est d’une richesse incroyable, tissée de
références plus ou moins évidentes. Il y a de la tragédie grecque dans la
trajectoire de Zucco, dont on ne cesse de se demander s’il est monstrueux,
humain, fou, ou on ne sait quoi ; quel qu’il soit, on sent peser sur lui la
fatalité tragique, quelque chose d’Oreste peut-être, quelque chose en tout cas
qui dépasse l’humanité ordinaire dans sa démesure. Mais il y a aussi du
Shakespeare, quelque chose d’Hamlet et la scène d’exposition est une évidente
réécriture de celle du dramaturge anglais, à ceci près que le fantôme n’est
autre que Zucco lui-même et que cela sème le trouble sur le reste de la pièce.
Il y a du Genet, avec une cohorte de personnages interlopes, prostituées,
dealers, flics, adolescentes, mères, grandes sœurs. Il y a, également, quelque
chose de Meursault en Zucco : il passe sans sembler ressentir grand chose, tue
sans état d’âme non un arabe mais sa propre mère, paraît étranger au monde et à
lui-même. Il y a enfin un peu de Bonnie and Clyde dans cette cavale
sanguinaire. La pièce oscille entre une multitude de registres, du drame, à
l’absurde, au burlesque parfois, si bien qu’on ne peut s’empêcher de rire même
au plus profond du chaos et du drame : la scène de la prise d’otage est à cet
égard exemplaire, l’horreur est en train d’arriver et les témoins de la scène
ont un dialogue totalement décalé qui ne peut que faire sourire. Malgré tout
Description:
Je suis le meurtrier de mon père, de ma mère, d’un inspecteur de police et d’un enfant. Je suis un tueur.
Roberto Zucco est la dernière pièce de Bernard-Marie Koltès, mort du sida en 1989. Inspirée d’un fait divers réel, la pièce retrace l’errance du tueur en série italien Roberto Succo, quelques jours entre le moment où il s’échappe une première fois de prison, à sa mort.
Cette pièce est d’une richesse incroyable, tissée de références plus ou moins évidentes. Il y a de la tragédie grecque dans la trajectoire de Zucco, dont on ne cesse de se demander s’il est monstrueux, humain, fou, ou on ne sait quoi ; quel qu’il soit, on sent peser sur lui la fatalité tragique, quelque chose d’Oreste peut-être, quelque chose en tout cas qui dépasse l’humanité ordinaire dans sa démesure. Mais il y a aussi du Shakespeare, quelque chose d’Hamlet et la scène d’exposition est une évidente réécriture de celle du dramaturge anglais, à ceci près que le fantôme n’est autre que Zucco lui-même et que cela sème le trouble sur le reste de la pièce. Il y a du Genet, avec une cohorte de personnages interlopes, prostituées, dealers, flics, adolescentes, mères, grandes sœurs. Il y a, également, quelque chose de Meursault en Zucco : il passe sans sembler ressentir grand chose, tue sans état d’âme non un arabe mais sa propre mère, paraît étranger au monde et à lui-même. Il y a enfin un peu de Bonnie and Clyde dans cette cavale sanguinaire. La pièce oscille entre une multitude de registres, du drame, à l’absurde, au burlesque parfois, si bien qu’on ne peut s’empêcher de rire même au plus profond du chaos et du drame : la scène de la prise d’otage est à cet égard exemplaire, l’horreur est en train d’arriver et les témoins de la scène ont un dialogue totalement décalé qui ne peut que faire sourire. Malgré tout